Dans le sens du monde

12 juin 2013

Je suis ... à Vendre!

Image1La journaliste est de retour! Je l’avais pourtant bien rangée au fond de la garde robe du sous-sol. J’ai même failli la donner en même temps que tous mes vestons, armure indémodable des lecteurs de nouvelles.  Je l’ai laissé roupiller, cryogénisée, tapie sous une pile de vieilles couvertures chaudes et confortables. Allais-je un jour lui donner une deuxième vie? Fallait pas trop espérer. Elle pouvait dormir sur ses deux oreilles.

C’est sans regret que j’ai déposé mon micro il y a trois ans. Je devais ralentir la cadence et j'avais besoin de me sentir utile. Depuis, je raconte mon périple. J’ai donné des conférences aux quatre coins du Québec. Je savais que mon histoire n’était pas unique, que d’autres avaient emprunté les mêmes montagnes russes que moi. J’ai croisé des regards soulagés de retrouver un peu de leur propre vie dans la bouche de quelqu’un d’autre.

J’ai ainsi eu la preuve irréfutable que la dépression, l’anxiété et les troubles bipolaires sont des maladies réelles  pour lesquelles il existe des traitements médicaux et psychologiques. Je relaie toujours le même message : « Un retour à une vie fonctionnelle est possible. »

Je peux maintenant l’enseigner.

Je veux continuer, mais je veux aller plus loin. Faudrait qu’on m’ouvre plus de portes!

J’ai besoin d’un trampoline pour rebondir et d’une recharge de créativité.

Il y a cette journaliste qui tire sur ma jupe. Je la regarde, les épaules soulevées, l’air de se demander : « Qu’est-ce qu’on fait? ».

Est-ce que je redonne son plein potentiel à la journaliste? Elle a fait du  ménage. Elle ne s’attendait pas à devoir refaire sa garde-robe. Elle devait reprendre du service que pour quelques jours… temporairement. Alors? Une Julie-Journaliste… version 2.0? Un vieux modèle revisité?

Et si je cherchais autre chose? Un emploi différent! J’ai l’oreille tendue…

Et si j’osais me vendre…

J’ai compris depuis que je suis en affaires que mon point faible c’est la vente… de ME vendre.

Encore, si je vendais des portes et fenêtres, de vêtements, des jouets…  je n’aurais pas autant de mal. Non, je vends mon histoire, de la prévention, de la sensibilisation… je vends un sujet que bien des gens souhaitent éviter…

Je cherche donc un ou des courtiers qui sauront me vendre. J’offrirai une commission à ceux qui vont me référer à un organisme ou une entreprise. Devenez mes ambassadeurs! Trouvez-moi des contrats!

Aux entreprises… Je peux vous aider à préparer le retour d’un employé à la suite d’un congé de maladie. Je peux aussi accompagner votre employé et former votre personnel.

J’offre mes services de consultation individuelle ou familiale. Je peux vous aider à comprendre votre maladie et établir des stratégies et vous fournir des outils pour vous guider dans votre rétablissement.

Invitez-moi dans vos cégeps… vos universités et vos cours de formations professionnelles.

Soyez mon trampoline! J’ai besoin d’aide.

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31 octobre 2012

Journaliste de profession... bipolaire d'adoption!

Voici un court témoignage préparé pour l’ouverture du Colloque de l’Association québécoise de réadaptation psychosociale (AQRP). On m’a demandé de raconter en quatre minutes d’où je viens, par où je suis passée et vers où je me dirige!

Je l’ai partagé devant plusieurs centaines de personnes. OUF! Il me semble que bloguer… c’est moins stressant!

Le voici:

 

AVANT…

Avant de recevoir mon diagnostic de trouble bipolaire de type 2, j’ai eu le temps d’accomplir mon objectif de carrière, de rencontrer l’amour de ma vie et d’avoir un enfant.

Avant, je me levais aux aurores pour livrer les nouvelles régionales à TVA Trois-Rivières, j’enfilais les reportages et les longues journées de travail pour me tailler une place dans ce métier très compétitif. Je carburais au stress. Je brûlais les minutes, les heures et les journées.

Avant j’angoissais, seule chez moi. Je buvais pour calmer ma fougue, mon agressivité, je buvais pour dormir, pour me rendre au lendemain. Et le lendemain, j’étais au travail.

Avant c’était il y a maintenant 5 ans, j’ai plongé dans la dépression qui a mis au jour mon trouble bipolaire, mes troubles anxieux et mon alcoolisme.

PENDANT

Pendant la crise, j’ai souffert, j’ai perdu mes repères. Des hauts et des bas, j’étais étourdie, mon entourage aussi.

Pendant, j’ai été aidée, suivie, entourée.

C’est pendant que j’ai appris que je souffrais d’un trouble bipolaire de type 2.

Je me suis informée sur la maladie et j’ai suivi les recommandations de mon médecin.

APRÈS

Après, j’ai observé ce diagnostic sous toutes ses coutures. Je peux vous dire que je lui ai fait la vie dure, parce que j’ai tellement douté, avant de finalement l’accepter et de l’amadouer. J’ai appris à le connaître, à reconnaître les symptômes. J’ai vu ce que cette maladie pouvait faire de moi, et MOI je lui ai dit ce que moi je voulais faire d’elle. Ensemble, on s’est trouvé un terrain d’entente.

On ne peut pas négocier grand chose avec la bipolarité.  Je lui ai promis de cesser de boire, ce que j’ai fait.

Après, je lui ai laissé l’occasion de me varloper de hauts en  bas, le temps de prendre de l’expérience et d’arriver à l’a prendre de cours pour lui couper l’envie de recommencer.

Je lui ai dit que je respecterais certaines conditions :

-         Un horaire stable

-         Réduire le stress

-         Accepter les rechutes… pourvu qu’elles ne durent pas trop longtemps.

-         Je me suis engagée à prendre ma médication.

-         J’ai juré de l’écouter quand elle me dit d’aller au lit.

Pour y arriver, j’ai dû faire des choix, prendre des risques.

J’ai repris mon travail, mais j’ai réalisé qu’il n’était plus compatible avec le contrat que je venais de signer avec la bipolarité, je l’ai quitté.

J’ai créé une conférence destinée aux gens qui comme moi, ont des vies actives et qui composent avec des troubles de santé mentale. Informer c’est mon métier et ça demeure, selon moi la meilleure façon de sensibiliser la population.  J’ai décidé de raconter mon histoire pour démontrer qu’il est tout à fait possible de reprendre une vie équilibrée personnelle et professionnelle après un épisode difficile.

Je travaille à mon rythme. Mon employeur m’a proposé de revenir au bercail en me confiant la rédaction de nouvelles pour les médias sociaux. Un travail taillé sur mesure. Je travaille à partir de la maison. J’assouvis ainsi deux désirs : ma passion pour le journalisme et, avec mes conférences, mon désir d’être utile à la société.

J’en serai où dans un an, dans deux ans… Je ne sais pas. Faudra que ce soit dans le respect de ce contrat que j’ai signé avec elle.

Je sais par contre que je serai toujours aussi bien entourée de mon chum et de mon fils qui sont, est-ce que je vous l’ai dit? Ma motivation, le secret de ma réussite.

 

 

 

 

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16 août 2012

En voulez-vous un deuxième?

 

En voulez-vous un deuxième? N’est-ce pas la première question que l’on nous pose quelques semaines à peine après avoir accouché?

J’allais en avoir deux ou trois! C’était dans nos plans. Je voulais offrir à mon fils la complicité… d’un frère ou d’une sœur. Si c’était une fille, elle allait s’appeler, Charlie. On l’aurait fabriqué deux ou trois ans après le premier. J’ai gardé berceau, poussette et autres jouets durant quatre ans avant de finalement les laisser aux mains d’une vente de garage. J’avais une garde-robe désordonnée et remplie : doudous, coussins d’allaitement, barrière de sécurité, siège de bébé…  J’avais tout laissé là… au cas où.

L’automne dernier, on a mis le dernier clou dans le cercueil. Mon chum s’est fait vasectomiser. C’était définitif.

J’ai reçu mon diagnostic de trouble bipolaire de type 2, un an et demi après avoir accouché de mon garçon. Après mon congé de maternité, je suis retournée travailler et j’ai sombré quelques mois seulement après mon retour : dépression. C’est là qu’on a mis au jour mon trouble bipolaire.

Ma grossesse a-t-elle été un élément déclencheur? Peut-être.  Je crois que je n’avais jamais été aussi anxieuse de ma vie.

Je n’ai jamais encore abordé, ici, le sujet de la sexualité, de la maternité, de ce qui touche cet aspect un peu plus intime de la maladie.  Je le fais pour alimenter le débat en cours sur le site Blogue-Notes du CÉRRIS et parce que ce n’est pas supposé être un tabou.

Il nous a fallu du temps pour mettre une croix sur ce deuxième enfant. Médicalement, on m’a ouvert grandes les portes des possibilités. Mon médecin, proactive et prévoyante, m’a orientée vers une médication qui l’aurait permis. Je connaissais les enjeux médicaux et je savais que j’allais être bien suivie.

J’avais envie de revivre la maternité, mais dans un climat plus calme, où j’aurais eu plus d’assurance. Quand mon garçon est né, j’étais si anxieuse que j’en avais perdu la faculté de dormir. Je n’étais plus toujours moi-même.

Deux ans plus tard, mon état s’était relativement stabilisé. On a essayé durant quelques mois d’en avoir un autre. Je me suis aperçue, au fil des mois, que je n’étais pas prête. On a cessé d’essayer. On a réfléchi… autrement.

Mon équilibre, je l’avais difficilement trouvé, et rien n’est jamais acquis. J’avais connu des rechutes, mais j’arrivais à vivre de belles périodes de stabilité. Nous avons réalisé que le couple et la famille avaient ses limites. Une grossesse risquait de perturber ma médication, sans compter le fait que j’allais devoir la diminuer. J’allais peut-être rechuter – un risque que nous ne voulions pas prendre.  Nous avions un fils extraordinaire et je sais que, malgré les hauts et les bas de ma maladie, j’ai bien profité de chaque étape de son développement. Nous avons, comme dirait mon chum, une belle bulle. Nous avons du plaisir à vivre ensemble tous les trois. C’est précieux.

Pour ce qui est de la sexualité, parce que ça aussi ça perturbe un couple. C’est le néant en période trouble. La médication a bien quelque chose à y voir, mais c’est surtout l’état d’esprit qui n’y est pas.

Le désir est revenu, mais durant le processus, les moyens de contraception ont été éliminés les uns après les autres pour des raisons de santé. Plus de pilule, stérilet et autres bidules. Ne restait plus que la bonne vieille capote et vous savez comme moi que….

Il ne restait que le bistouri! Une solution définitive qui allait sceller notre décision. Nous avons choisi la santé sexuelle heu… mentale de notre couple.

Mon fils a eu six ans cette semaine. Il est grand et costaud, comme son père. Il m’arrive encore de devoir me résoudre à l’idée qu’il n’y en aura qu’un. Que je n’aurai pas le privilège d’en voir grandir un autre.

Mais vous savez, il vient encore se bercer avec moi sur cette même berceuse où j’ai passé tellement d’heures à l’allaiter. Je le prends et lui rassemble ses grandes jambes et ses grands bras dans un petit paquet et il est encore mon petit garçon.

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30 juillet 2012

Des bouteilles vides

bouteilles

Pour un ami, je replonge dans des souvenirs douloureux. C’était avant mon chum et mon fils. Avant la dépression. Avant de savoir que je souffrais de bipolarité.

N’allez pas croire que je suis masochiste, mais je cherche à revisiter ma détresse juste le temps d’une p’tite jasette avec elle. Après, je reviens, c’est promis!

Je fais le saut 10 ans, 12 ans en arrière, bien avant que je ne cloue le bec à mes bouteilles de vin, à l’époque où je les collectionnais… vides. Qu’est-ce qu’elle faisait Julie avec un tire-bouchon dans la main, chaque soir? Ne lui demandez pas, elle ne le sait pas. Est-ce qu’elle souffre? Ne lui dites surtout pas. Elle, elle croit qu’elle bûche.

Son vin, c’est son réconfort, sa récompense. Elle n’en est pas dépendante, elle le mérite.

Les doigts qui picotent, la mâchoire figée et les sens au ralenti, Julie peut aller se coucher.

La nuit est houleuse et le réveil est brumeux.  

Julie est dépendante. L’idée de se priver devient insupportable. Julie est secrète. Qui l’a croirait aussi addict. Ne lui collez surtout pas une étiquette. La dépendance, c’est pour les drogués et les alcooliques. Elle ne fait pas partie du groupe.

Elle est anxieuse, mais elle n’en connaît pas l’ampleur. Elle est malheureuse, mais elle ignore à quel point. Elle souffre, mais vous n’arriverez jamais à le lui faire avouer.

Si j’avais à réellement lui rendre visite aujourd’hui, je ne pourrais pas tout lui expliquer, mais je la regarderais avec bienveillance. J’oserais lui dire que tout ira bien, avant de rentrer chez moi.

Je ne me suis pas éternisée sur le pas de mon ancienne porte, juste assez pour récupérer des souvenirs qui m’aideront à soutenir mon ami…

Vous me lirez encore sur le sujet, mes souvenirs revisités m’inspirent.

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19 juin 2012

Juin à boire

vin« Ça doit te faire du bien d’écrire et de raconter ton histoire. »

-          Non pas tant

Je me défends souvent de voir dans mon blog et dans mes conférences des vertus thérapeutiques.  C’est vrai ! Je ne me sens pas toujours bien après une conférence. Si bien que j’ai déjà songé, à quelques reprises, à abandonner.  Lorsque je glisse un texte sur mon blogue, il m’arrive de craindre et d’angoisser. Si j’ai poursuivi ce chemin depuis deux ans c’est que je constate à quel point mon histoire fait du bien autour de moi.

Ma psychologue m’a déjà dit, il y a plusieurs années, que notre travail est valorisant quand on se sent utile. Ici, sur ce blogue, je me sens utile. Ce travail me fait du bien.

J’y suis un peu moins depuis quelques temps. Lorsque je vais bien, j’ai moins de verve. Je n’ai pas envie de placoter « bipolarité ».  Alors, je vous parlerai « sobriété ».

***

« Ca va bien », c’est toujours ce que je répète aux gens qui me demandent s’il est difficile de ne plus consommer. C’est vrai que j’y pense pas tous les jours ni même chaque semaine. Depuis quatre ans, j’ai vu défiler sous mon nez des dizaines de bouteilles de vin rouge sur la table de ma cuisine. Les amis et la famille sont les bienvenus avec leur p’tit boireet je ne veux pas que ça change. Quand j’ai pas envie de sortir les coupes, j’invite pas, c’est tout!

C’est Juin le problème. Le soleil, les tables à pique-nique, les partys d’été, les gangs, les vacances et le camping. C’est lui le coupable, celui à qui je voudrais faire un procès aujourd’hui. Je ferais témoigner Juillet et Août pour complicité après les faits reprochés.

Juin amène la tentation. Juin déteste les cafés devant le feu, il préfère déboucher une bonne bière. Juin veut mettre de l’alcool dans son cocktail, il a horreur des Virgin Ceaser’s. Juin veut remplir de vin des coupes en plastique au camping. Juin veut être comme tout le monde et siroter un rosé avec une salade sur l’heure du dîner. Juin déteste devoir être sage et raisonnable.

"Votre Honneur, Juin cause préjudices à Julie Grenon. Juin, avec la complicité de Juillet et Août, concoctent un complot visant ébranler la cliente. - Atteinte à la sobriété -  Les accusés reviennent, années après années, hanter les pensées de Madame Grenon. Ils s’amusent à semer le doute dans son esprit."

-          COUPABLE votre Honneur!

La sentence : Juin est reconnu coupable d’entrave au travail de Julie Grenon. Il va devoir purger une peine dans la collectivité. ( Ben oui, c’est jamais assez sévère. Va falloir que la cliente apprenne à vivre avec)  Ses complices, Juillet et Août s’en sortent avec promesse de bonne conduite et de ne pas troubler la paix de la cliente.

Julie Grenon devra quant à elle mettre de l’eau dans son vin…. Heu… devra faire preuve à nouveau de résilience et s’approvisionner en limonade, Perrier et bière sans alcool.

***

 

J’avoue ici, que de vous parler aujourd’hui, c’est un peu thérapeutique. Bah… je sais bien que ça l’est un peu chaque fois! Mais bon, Juin est presque terminé, il me reste donc une dizaine de jours pour m’acclimater au reste de l’été. D’ordinaire, Juillet et Août savent mieux se dompter.

Vous pouvez lire d'autre textes sur le sujet:

 

Le dernier des tabous : http://juliegrenon.canalblog.com/archives/2011/01/03/20035195.html

Parfum d'alcool : http://juliegrenon.canalblog.com/archives/2011/07/11/21591092.html

 

 

 

 

 

 

 

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15 mai 2012

Le ménage de mon disque dur

-          Tu devrais « défragmenter » ton ordinateur Julie?

-          Quoi?

Mon ordi est lent depuis quelques temps. On s’habitue à l’instantanéité. Un clic – une image – dans la même seconde. Quand on doit patienter deux ou trois secondes pour « processer », on trouve ça long. Pour régler le problème, mon chum me dit qu’il faudrait défragmenter le disque dur de mon portable.

-           Des fichiers sont placés un peu partout sur ton disque dur. En défragmentant ton disque, ils vont se repositionner pour prendre moins de place. »

Cours de Vulgarisation 101 - C’est comme quand je laisse traîner mes vêtements un peu partout dans la maison. Si je les pliais et les mettais dans mes tiroirs, ils prendraient moins de place.

Disons qu’y a pas mal de trucs qui traînent dans ma tête depuis un mois. Normal, je viens de terminer un marathon de conférences : 11 en 16 jours, de l’Abitibi à la Gaspésie. Je ne dis pas ça pour me vanter, c’est comme qui dirait un adon. Les demandes se sont toutes collées autour de la semaine de la santé mentale et moi j’ai dit : « oui ». J’ai bien fait. La Madame est fatiguée mais très satisfaite.

J’ai rencontré des centaines de personnes, toutes touchées par la santé mentale. Des gens qui vivent avec un trouble de santé mentale, des proches, des collègues… J’ai vu des gens curieux de s’informer et ça, c’est formidable. On m’a présenté des intervenants, des psychologues… tant des organismes communautaires que de réseau public. On m’a informée sur un paquet d’initiatives locales qui viennent en aide aux personnes atteintes, des idées géniales qui mériteraient parfois d’être exportées.  J’ai croisé des centres de répit qui doivent fermer leurs portes durant l’été, faute d’argent. Je suis allée dans des milieux de travail où j’ai rencontré des dizaines d’employés reconnaissants d’avoir accès à l’information que j’avais à leur transmettre.

Aussi, comme si j’avais eu droit à une deuxième assiette, je reviens tout juste des Journées annuelles en santé mentale. Cliniciens, chercheurs, cadres dans les CSSS, psychiatres, représentants d’organismes communautaires… tous y étaient représentés.  Une mine d’information pour la journaliste que je suis.

J’ai encore en tête ces centaines de jeunes du Cégep de Trois-Rivières à qui j’ai pu m’adresser il y a même pas deux mois.

Y a mon chum qui se joint à moi pour parler de santé mentale. On développe une conférence sur la santé mentale vue par le conjoint. Patrick aidera des familles à vivre avec les contres-coups de la maladie. Il va expliquer aux enfants, aux petits…

Y a des projets hyper intéressants qui se pointent à l’horizon…

Vous comprenez qu’il n’y a pas que le disque dur de mon ordi qui a besoin d’une défragmentation!!!

Je retourne à la vie quotidienne, je fais de la place dans ma mémoire vive et… j’en profiterai pour plier et remettre quelques morceaux de linge à leur place dans les tiroirs de la commode… promit Patrick!

 

 

 

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02 avril 2012

Un p'tit jeu

Avec mon amie Guylaine et sa famille, nous avons un petit rituel lorsque nous partageons un repas.

Le jeu est simple. On pose trois questions. Qu’est-ce que tu as aimé aujourd’hui? Qu’est ce que tu n’as pas aimé? Qu’est-ce qui t’a fait rire? On fait un tour de table pendant le repas. Les invités d’abord. Chacun raconte ses hauts et ses bas. S’il s’avère que vous n’avez pas ri durant la journée, les autres joueurs devront parvenir à vous faire ricaner durant la soirée.

C’est mon amie Guylaine et sa charmante fille qui nous ont partagé ce petit exercice de fin de journée. Lorsque nous soupons ensemble, les enfants s’amusent à décider qui va commencer le tour de table. Tout le monde à hâte, même les adultes. Les enfants avouent leurs mauvais coups de la journée. Ça fait parfois sortir le méchant, mais personne ne se fait gronder! Les petits écoutent les tracas des grands. Tout le monde écoute. C’est la règle numéro 1.

Ça nous oblige à voir le positif même après une journée moche ou compliquée. On récupère nos fous rires pour les partager aux autres.

À la question : Qu’est-ce que l’on a le plus aimé? C’est souvent la même réponse pour tout le monde et c’est le fait de se retrouver tous ensemble à se jaser autour de la table.

Merci Guylaine, Christian et la belle Éliane!

 

 

 

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02 mars 2012

Mme T

Ça s’est passé ce matin…

Dans le coin gauche, il y avait moi. Moi pis ma sainte patience, opposée à quatre colliers entremêlés dans le coin droit. J’en étais au 3e round pour essayer de les démêler lorsque mon garçon a voulu s’en mêler.

-          Je vais t’aider maman!

Fallait voir le visage de mon chum assis devant le ring : « No no no… ce n’est pas une bonne idée Maxence. Faut pas déranger maman quand elle essaie de dompter ses bijoux. »

 D’ordinaire, mes colliers, je les accroche. J’ai un crochet exprès pour. Il m’arrive d’être dissidente et d’en foutre quelques-uns au fond de mon coffre à bijoux, c’est là, dans leur écrin, qu’ils s’amusent à s’entrecroiser durant la nuit comme pour me faire payer d’avoir manqué de considération pour eux.

-          Maxence, ce qu’il me faudrait ce matin c’est grand-maman Thérèse. Elle pourrait me démêler tout ça avec ses petits doigts patients.

C’est Mme T. C’est ma belle-maman. Oubliez toutes les histoires diaboliques à propos des belles mères. Chez nous, y a pas de crêpage de chignon, pas de compétition. Pas de nez fourrés où il ne faut pas. Pas de « moi à ta place » et de « dans mon temps ». Y a qu’ici et maintenant qui compte.

Mme T a un sixième sens. Elle est du genre à te passer le sel à la table avant même que tu l’ais demandé. Elle te dépose une couverture sur le dos dès que tu ressens un micro frisson. Mme T ne quitte jamais le pas de notre porte avant d’avoir dit « Si vous avez besoin… appelez. On est là. » Mme T c’est comme une bulle de ouate. Elle est comme les pubs du lait. « Le lait, une source naturelle de réconfort ».

On me demande souvent comment aider une personne qui souffre de dépression.

Chaque fois, je pense à Mme T. Même que s’il y a un moment où je deviens émotive dans mes conférences c’est lorsque je parle d’elle.

Mme T a toujours vu ma vraie couleur, surtout dans les pires moments. Avec elle, je pouvais vivre ma détresse… en paix.

Quand elle et mon beau-père Bobby venaient nous visiter, je pouvais m’enfermer dans ma chambre et pleurer. Je savais qu’au moins mon chum et mon fils avait de la compagnie. J’avais un répit et eux aussi.

En dépression les semaines sont longues. Les weekends surtout. Du lundi au vendredi, fiston est à la garderie pendant que la douce moitié gagne notre pain quotidien. Samedi et dimanche tout le monde est à la maison. On se met la pression d’au moins faire un minimum. On se sent coupable, on essaie de sauver les apparences. On veut protéger son p’tit bonhomme des intempéries. On ne veut pas décevoir la famille, mais on n’est pas capable de suivre.

En s’occupant de mon chum et de mon fils, Mme T  et Bobby prenaient soin de moi.

Je ne suis pas leur fille, mais c’est tout comme. Si je l’avais été pour vrai, c’aurait peut-être été différent. Ils ne m’ont pas élevée, ni vu grandir. Me voir ainsi dégringoler n’a pas déclenché, en eux, de sentiment de culpabilité. Le sentiment que bien des parents doivent éprouver lorsque leur enfant reçoit un tel diagnostic.  Pour eux, aucune remise en question douloureuse, aucun conflit.

Un Noël, quelques mois après avoir cessé de boire de l’alcool, Bobby et Mme T m’ont remis une enveloppe. Une belle carte… à l’intérieure se trouvait une série de phrases admiratives pour les efforts que je déployais pour retrouver la santé. Des mots encourageants! Que des félicitations pour ma volonté à laisser la bouteille de côté. Ça été LE cadeau de Noël, cette année-là.

Mme T pourrait être ma grand-mère. C’est peut-être cet écart d’âge qui nous rapproche. Je lui ai tellement posé de questions sur sa vie, ses accouchements, sa vie de couple. Elle est up to date. Elle comprend la génération qu’est la mienne.

Elle est généreuse et discrète. C’est une enfant unique qui a été élevée dans un monde d’adulte, si bien qu’elle s’est assise sur les genoux du Père Noël pour la première fois il y a 3 ans. « Ben non, je ne suis pas pour aller m’asseoir sur ces genoux », a-t-elle dit. Il n’a pas fallu lui tirer le bras bien longtemps. Y a pas d’âge pour ces choses-là.

Mme T célèbre son 75e anniversaire ce dimanche. Elle ne le sait pas, mais il y a un gros gâteau avec du glaçage rose qui l’attend. J’oserai peut-être même y piquer quelques princesses. Pourquoi pas? Y aura des balounes, des guirlandes et des chandelles. On réunit toute la famille. Je lui prépare ma lasagne… elle l’adore.

Mme T m’accompagne en Gaspésie au mois de mai pour une série de conférences. On part ensemble toutes les deux. C’est la première fois qu’elle sera séparée de son Bobby aussi longtemps. J’espère que je serai à la hauteur.

 Et si par hasard j’ai quelques colliers qui s’emmêlent…

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13 janvier 2012

Le champ de bataille

Y a une histoire qui fait dodo dans mon ordi. Elle roupille depuis 3 ans déjà!

Elle n’a pas de - FIN -. Je ne crois pas pouvoir la terminer… comme je l’ai commencée. J’avais la tête embourbée, un vrai champ de bataille. C’était avant la grande révolution de 2008. « Cessez le feu! Je me rends. » Tel un soldat, j’écrivais dans un carnet, mes percées face à l’ennemi. Un journal qui allait me rappeler les jours, recluses dans mes tranchées.

J’ouvre le fichier une fois tous les trois mois… comme un pèlerinage. Je relis mon histoire, j’ose changer quelques virgules et… j’ai le vertige.

Je reçois régulièrement des courriels, de gens, qui cherchent à se comprendre. Ils hissent le drapeau blanc, épuisés de livrer bataille. Chaque fois, je me sens désarmée! Je pourrais concocter un livre : «  Les recettes du succès » ou autres formules motivantes et éclairantes, mais c’est impossible. Ce n’est pas moi! Je n’ai rien à vendre. Pas de concept, que le gros bon sens. Je n’ai que mon histoire et ce qu’elle vous inspire.

Pour l’instant, je suis convaincue que c’est suffisant.

En voici un p’tit bout :

 

 

 

La secrétaire tapait sur son clavier d’ordinateur sans se soucier le moindrement du brouhaha qui régnait dans la clinique médicale. Il était pourtant difficile de ne pas être attiré par ce qui se tramait dans le coin droit de la salle d’attente. Au sol, un petit autobus scolaire venait de prendre à son bord deux bonshommes parachutés du haut des airs par un petit garçon de 3 ans. Son frère, lui, dirigeait son camion de pompier vers une mini ferme Fisher Price qu’il venait tout juste d’installer dans le coin gauche de la pièce. Ça urge, ça brûle. Tellement que tout d’un coup, le bambin décide de donner un grand coup et d’y aller avec un effet sonore du genre digital surround, mais avec des haut-parleurs de mauvaise qualité.

 

            -Pin pon pin pon pin pon….. OUIIIIIIINNNNNNNNNOOOOOOOOONNNNN

 

Vous vous imaginez bien que le spectacle n’a duré que quelques secondes. C’est sa mère qui a sonné l’heure de l’entracte. Elle l’a empoigné par le bras et en un temps trois mouvements, l’élément perturbateur a été rassis fesses serrées et babines pendantes sur sa chaise. Le spectacle était terminé et personne n’a osé demander l’heure de la prochaine représentation.

 

Le rappel à l’ordre maternel n’avait nullement impressionné le p’tit homme. Après avoir jeté un rapide coup d’œil à la scène, son attention s’est tout de suite redirigée sur le mini bus. C’est qu’il y a un petit panneau rouge sur le côté qui se plie, déplie, plie, déplie….

 

La salle d’attente était remplie de femmes enceintes. Si l’on se fiait à la grosseur des bedaines, elles devraient toutes se revoir à l’hôpital d’ici une semaine ou deux. Certaines sont accompagnées, mais la plupart sont seules. C’est une clinique spécialisée en obstétrique.

 

Le niveau de décibels n’avait pas diminué. Un poupon de 5 mois avait pris la balle au bond et était en train de s’époumoner. L’alerte incendie déclenché par l’apprenti pompier avait sortie de son sommeil ce beau petit bonhomme. Non, mais c’est dur dur d’être un bébé. Haaaaaaaa, à chacun son stress.

 

Parlant de stress, personne jusqu’à maintenant, n’avait pris la peine de me dire qu’il fallait absolument une montre pour voir un docteur. Les autres, je veux dire, les autres patientes, elles en ont toutes une. Fascinant! Je dirais qu’à peu près toutes les dix minutes, elles retroussent la manche de leur chandail pour vérifier l’heure.

 

Moi je me dis qu’on ne va pas être vus plus rapidement par le médecin même si on passe son temps à scruter la progression des aiguilles du cadran. Y en a d’autres qui soupirent aux 10 minutes, mais la technique n’est pas éprouvée. Remarquez que ça soulage peut-être. Taper du pied ou branler de la patte, ce sont également de très bons exutoires. Au fond, ces manœuvres corporelles ne servent qu’à étaler notre impatience sur la place publique.

 

J’ai l’air bien sage, mais sachez que je me suis moi-même et à plusieurs reprises vautrée dans le stratagème.  Comme si le temps allait passer plus vite.

 

-          Julie Grenon

 

Ha c’est mon médecin qui m’appelle.

 

Qu’est-ce que je vais lui dire? Par où vais-je commencer ? Je suis conne, j’ai pas pris le temps de me préparer. Docteur je me suis effondrée sur les lieux de mon travail? Docteure, j’ai mal au cœur? Ou encore, docteure, je ne sais pas ce que j’ai mais j’ai mal aux bras depuis quelques mois.

 

C’est finalement ça qui est sorti en premier: mal au bras.

 

-          Mal aux bras?

 

-          Je sais ça a l’air bizarre hein… (mets-en) mais je ressens une immense fatigue dans les épaules.

 

-          Mal aux épaules aussi?

 

-          J’ai de la difficulté à dormir, je tremble et je crois que je suis stressée.

 

-          Et ben coudons, on va vérifier ça Madame Grenon.

 

Alors, voici les symptômes que j’avais moi-même dépistés : douleurs musculaires aux bras et aux épaules, nausées nocturnes, difficultés à dormir, difficultés de concentration, maux de cœur en voiture et fatigue extrême.

 

Si on tape tout ça sur Google ça donne : …. rien, rien pantoute.

 

Dans le monde réel, ça veut dire : bilan sanguin complet.

 

Évidemment, mon docteur m’a examinée de la tête aux pieds. J’ai aussi répondu à toutes ses questions qui portaient surtout sur mon mode de vie. Ah et puis au fait, je n’étais pas enceinte.

 

De toute façon, comme je ne suis pas entrée dans son bureau en crise de larmes, elle ne va pas penser que je suis en dépression. Mais bon, quand même, pour ma propre gouverne, je lui demande, à tout hasard : « Est-ce qu’il se peut que je fasse une dépression sans nécessairement avoir envie de pleurer à fendre l’âme ? »

 

-          D’ordinaire, les patients entrent dans le bureau avec le kit dépressif au complet incluant la méga crise de l’arme. Il se peut cependant qu’il en soit autrement avec toi.

 

J’y réfléchis une fraction de seconde. Je n’ai pas nécessairement envie d’être dif-fé-ren-te moi. Alors, comme le cerveau retient ce qu’il veut bien comprendre. J’en conclus que je ne suis surtout pas en dépression.

 

C’est réglé. J’ai une maladie PHYSIQUE, pas MENTALE là.

 

Je reverrai mon médecin dans trois semaines. Entre temps, pas question de retourner au travail. Repos, qu’elle dit.

 

Qu’est ce que j’ai alors? De retour à la maison, je me mets à surfer sur internet. Mes recherches m’amènent sur des sites de maladies neurologiques. Non, mais il en sait en titi des choses Monsieur Google. Selon son expertise, il se pourrait très bien que ce soit la sclérose en plaques ou autres maladies du genre. Non, mais j’invente rien, c’est écrit sur mon écran d’ordi!!!

 

Évidemment, je ne suis pas folle. N’allez pas croire que j’aimerais mieux avoir une maladie grave que d’être en dépression. Quoique…… ce serait moins honteux. Ç’aurait l’air moins faible, psychologiquement parlant, aux yeux des collègues et du patron. J’aurais une raison « sérieuse » d’être absente. Ma fatigue et tous mes symptômes seraient beaucoup mieux justifiés ainsi.

 

Je vous le dis, je me suis fait toutes sortes de scénarios catastrophes pour être bien certaine que ce ne soit pas une dépression ou quoi encore… ah oui… un burn-out.  

 

Juste parce que mon petit doigt me dit que mon raisonnement n’a pas d’allure je garde pour moi, mes diagnostics maisons.

 

***

 

3 semaines plus tard…. après m’être étourdie…. Euh… reposée.

 

J’attrape un virus deux jours avant de revoir mon médecin. Rien de grave, mais on sait tous que des ganglions enflés dans le coup ce n’est pas ce qu’il y a de plus confortable. Vous vous imaginez bien que ma visite médicale visait aussi à me faire soigner les deux balles de golf qui avaient élu domicile dans ma gorge.

 

Nous sommes assises face à face

 

- Comment ça va?

- Ça va pas ben ben mieux.

 

Imaginez-moi avec l’air penaud, les yeux dans l’eau et le nez complètement bouché.

 

- Est-ce que tu as tendance à te faire des scénarios dans ta tête? 

- Scénario???? Qu’est ce que tu veux dire?

 

Elle poursuit : « Par exemple, en t’en venant ici en auto, as-tu pensé qu’il pourrait y avoir un accident ou quelque chose du genre? Que ton chum ait un malaise…»

 

Et là je me suis dit : est ce que je lui dis que je me suis fait du sang de cochon depuis deux jours parce que je m’étais imaginé que pour toutes sortes de raisons, mon médecin ne serait pas au rendez-vous cet après-midi et que si elle n’était pas là … je ne saurais pas ce que j’ai et que si et que ça…. Vous savez, je suis la championne des scénarios catastrophes. Je peux vous en inventer un sur le champ!

 

L’heure n’était toutefois pas aux inventions. Je n’avais surtout pas envie de rester empêtrée dans ma fatigue alors j’ai lâché le morceau. Je lui ai donc avoué que je m’étais mise à imaginer toutes sortes de scénarios l’empêchant de pouvoir me rencontrer cette journée-là.

 

Calme, pondérée et avec une certaine fermeté mon doc me dit : « Tu fais de l’anxiété ».

 

-          Ben là…(elle vient de quelle planète?)  tout le monde fait ça de l’anxiété!!! Ce n’est pas une raison pour arrêter de travailler.

 

Je lui demande ensuite: « Est-ce que c’est un burn-out ?»

 

-          Mouin, on peut dire ça… mais si j’écris burn-out sur tes papiers d’assurance, ils ne vont pas accepter le diagnostic. Je dois écrire « Trouble de l’adaptation et anxiété ».

 

Imaginez mon expression, nez retroussé, sourcils froncés comme si elle venait de me dire un mot scandinave que je ne comprends pas. Quessé ça, trouble de l’adaptation?

 

O.K.. Je me sens comme dans la craque du plancher. Pas assez dépressive pour être en dépression. Pas en burn-out parce que le travail n’est pas uniquement la cause de mon épuisement. Je suis dans le « trouble ». Pas adaptée….pas adaptée à quoi ?….la société?… j’ai échoué?….je n’ai pas été capable de reprendre le boulot comme toutes les autres nouvelles mamans?

 

Elle poursuit 

 

-          Qu'est-ce que ça te fait que je te dise ça? Es-tu d’accord avec le diagnostic?

 

NON……. ben oui… je sais plus.

 

-          Tsé doc…. J’ai vécu plein de choses au cours des dernières années. Si j’avais eu à me « péter » la tête sur les murs à cause du stress, je l’aurais fait bien avant.

-          C’est une accumulation de chose Julie. Ton corps est toujours en mode panique et il n’est plus capable de revenir à la normale.

 

Bon d’accord, ce n’est pas moi le médecin. Docteur Google s’est lui aussi trompé. L’écoeurant!!!

 

Tout d’un coup….. CATASTROPHE. Ah non! Je braille pis j’arrête pas en plus. Une vraie fontaine de Trevi. J’ai pris d’assauts la boîte de kleenex et si j’avais pu, je me serais étendue sur le plancher de la salle d’examen. Non, mais ç’aurait été beaucoup plus confortable pour répandre mon torrent de larmes. Je peux vous certifier que ma réaction était aussi inattendue que mon diagnostic… Sans farces, je me doutais bien qu’un moment donner mon presto allait sauter, que je finirais par brailler toutes les larmes de mon corps. Le hic, c’est que ça n’arrive jamais au bon moment. Les rendez-vous médicaux ne sont pas aussi longs que ceux chez le psy. Tu dois donc faire ça court. Une grosse braille intense puis ressaisis-toi…. RESSAISIS - toi Julie!!!! J’y arrive de peine et misère.

 

Or donc me voici donc « troublée », « inadaptée » et « anxieuse ». Voyons donc. On n’entend jamais parler de ça : trouble de l’adaptation.

 

Pendant que mon médecin sort sa poubelle de sous son bureau pour que je puisse y jeter ma brassée de Kleenex, elle m’explique qu’il y a un médicament pour m’aider.

 

Elle a bien dit MÉDICAMENT. Ils ont le tour de nous la présenter cette fameuse catégorie de médicament. Vous me voyez venir. Dans le langage populaire, on les appelle les antirépresseurs. Vous vous souvenez des Prozacs que Môman prenait dans la P’tite Vie. Oui oui je sais, c’est une comédie. Ils exagèrent la réalité.

 

Elle poursuit

 

-          Ce sont des Effexor. J’ai choisi celui-ci parce qu’il agit plus rapidement sur l’anxiété que d’autres.

 

« Effexor, Effexor » C’est de ce médicament que l’animateur Paul Arcand parle dans son film. Le mois dernier on ne parlait que de ce documentaire dans les médias. Les Québécois consomment semble-t-il énormément de médicaments, surtout des antirépresseurs. Le médicament qui est prescrit à tous ceux qui semblent se pointer chez leur médecin avec le moindre signe d’épuisement.

 

Comme je suis journaliste, je ne peux pas m’empêcher de poser la question, tout en sachant que ma crise de larmes m’avait fait perdre un peu de crédibilité.

 

-          C’est bien de ce médicament dont parle Paul Arcand dans son documentaire?

 

Mon doc lève les yeux au ciel. Je comprends qu’elle questionne les propos tenus dans ce film bien qu’elle m’avoue ne pas l’avoir vu.

 

Selon elle, dans bien des cas, l’Effexor est nécessaire et thérapeutique. J’ai envie de la croire. Ai-je le choix? De toute façon, je me dis qu’elle ne me les fera pas avaler de force.

 

C’est MOI qui déciderai quoi faire avec la prescription !!!

 

 

Voilà… la suite une prochaine fois!

 

Ciao xx

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01 décembre 2011

Les casquettes bleues poudre

Dès que nous avons mis le pied dans l’autobus jaune ce matin-là nous avons tout de suite su que nous n’aurions pas du. Il aurait fallu les laisser dans la garde-robe, les brûler même.

Vous souvenez-vous des casquettes avec des petits boutons pressoir sur la palette? J’en ai vu cette semaine dans les boutiques pour enfants, elles sont de retour. Nous en avions chacun une mon frère et moi.  Elles étaient pareilles… bleues poudre. On les aimait, vraiment.

Nous en étions à nos premières semaines d’école dans notre nouveau patelin : les p’tits nouveaux. On arrivait de la ville. On disait
des balaaaaïïïne au lieu des balènes - des running shoes au lieu des espadrilles ». Nous étions déjà un tout p’tit peu… différents.

On nous avait offert ces magnifiques casquettes que nous nous sommes empressés d’étrenner.

Nous avons pris l’autobus, ce matin-là, coiffés de nos nouveaux couvre-chefs. La grande Tache assise au fond de l’autobus devait nous avoir repérée à des kilomètres. Ok, ce n’était peut-être pas winner notre affaire. Une casquette bleue poudre aurait sans doute passée le test, mais deux? Le p’tit frère et la p’tite sœur ? C’est ce que je me suis dit à l’époque : « On a l’air quétaine ». J’avais 7 ans. La Tache a rallié ses moutons et nous somme devenus la risée des deux ou trois dernières rangées de l’autobus, parce qu’assis derrière… t’es cool.


Nous venions d’être marqués au fer rouge, comme du bétail. Nous allions désormais grimper les marches de l’autobus les fesses serrées.

J’ai survécu à mon primaire. À mon secondaire aussi. J’ai eu des amis, mais pas beaucoup. J’ai goûté à la honte, à la peur de mettre les pieds à l’école, aux camarades qui dépassent les bornes. J’ai connu l’intimidation. Heureusement, j’ai émergé. J’ai connu de belles et bonnes périodes d’amitiés à l’école, j’ai déployé mes ailes au collège.

Heureusement, j’ai trouvé en moi les ressources pour faire face à mes détracteurs.Il en faut du temps.

Vous avez remarqué que je ne parle pas tant de mon enfance dans mon blogue. Une fois ne sera pas coutume.  Ça m’appartient.

Si j’en parle, c’est que cette semaine, je ne voulais pas lire les nouvelles concernant la jeune gaspésienne qui s’est enlevé la vie,
épuisée d’être intimidée à l’école. Son histoire a envahi facebook, difficile de ne pas cliquer.

À quoi ai-je pensé? À cette tranche de vie, oui! Mais…

On parle beaucoup de ceux qui se font intimider. Ceux qui intimident, qui sont-ils ?

Est-ce que mon fils pourrait un jour devenir bourreau sans que je ne le sache? Pourrait-il être la proie sans que je ne m’en aperçoive? Sera-t-il spectateur ou justicier? Osera-t-il se pointer à l’école vêtu de ce qu’il lui plaira sans gêne et sans être jugé?

Arriverais-je à lui donner tous les outils pour faire de lui un bon citoyen?

Et vous, y avez-vous pensé?

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