Dans le sens du monde

15 mai 2012

Le ménage de mon disque dur

-          Tu devrais « défragmenter » ton ordinateur Julie?

-          Quoi?

Mon ordi est lent depuis quelques temps. On s’habitue à l’instantanéité. Un clic – une image – dans la même seconde. Quand on doit patienter deux ou trois secondes pour « processer », on trouve ça long. Pour régler le problème, mon chum me dit qu’il faudrait défragmenter le disque dur de mon portable.

-           Des fichiers sont placés un peu partout sur ton disque dur. En défragmentant ton disque, ils vont se repositionner pour prendre moins de place. »

Cours de Vulgarisation 101 - C’est comme quand je laisse traîner mes vêtements un peu partout dans la maison. Si je les pliais et les mettais dans mes tiroirs, ils prendraient moins de place.

Disons qu’y a pas mal de trucs qui traînent dans ma tête depuis un mois. Normal, je viens de terminer un marathon de conférences : 11 en 16 jours, de l’Abitibi à la Gaspésie. Je ne dis pas ça pour me vanter, c’est comme qui dirait un adon. Les demandes se sont toutes collées autour de la semaine de la santé mentale et moi j’ai dit : « oui ». J’ai bien fait. La Madame est fatiguée mais très satisfaite.

J’ai rencontré des centaines de personnes, toutes touchées par la santé mentale. Des gens qui vivent avec un trouble de santé mentale, des proches, des collègues… J’ai vu des gens curieux de s’informer et ça, c’est formidable. On m’a présenté des intervenants, des psychologues… tant des organismes communautaires que de réseau public. On m’a informée sur un paquet d’initiatives locales qui viennent en aide aux personnes atteintes, des idées géniales qui mériteraient parfois d’être exportées.  J’ai croisé des centres de répit qui doivent fermer leurs portes durant l’été, faute d’argent. Je suis allée dans des milieux de travail où j’ai rencontré des dizaines d’employés reconnaissants d’avoir accès à l’information que j’avais à leur transmettre.

Aussi, comme si j’avais eu droit à une deuxième assiette, je reviens tout juste des Journées annuelles en santé mentale. Cliniciens, chercheurs, cadres dans les CSSS, psychiatres, représentants d’organismes communautaires… tous y étaient représentés.  Une mine d’information pour la journaliste que je suis.

J’ai encore en tête ces centaines de jeunes du Cégep de Trois-Rivières à qui j’ai pu m’adresser il y a même pas deux mois.

Y a mon chum qui se joint à moi pour parler de santé mentale. On développe une conférence sur la santé mentale vue par le conjoint. Patrick aidera des familles à vivre avec les contres-coups de la maladie. Il va expliquer aux enfants, aux petits…

Y a des projets hyper intéressants qui se pointent à l’horizon…

Vous comprenez qu’il n’y a pas que le disque dur de mon ordi qui a besoin d’une défragmentation!!!

Je retourne à la vie quotidienne, je fais de la place dans ma mémoire vive et… j’en profiterai pour plier et remettre quelques morceaux de linge à leur place dans les tiroirs de la commode… promit Patrick!

 

 

 

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02 avril 2012

Un p'tit jeu

Avec mon amie Guylaine et sa famille, nous avons un petit rituel lorsque nous partageons un repas.

Le jeu est simple. On pose trois questions. Qu’est-ce que tu as aimé aujourd’hui? Qu’est ce que tu n’as pas aimé? Qu’est-ce qui t’a fait rire? On fait un tour de table pendant le repas. Les invités d’abord. Chacun raconte ses hauts et ses bas. S’il s’avère que vous n’avez pas ri durant la journée, les autres joueurs devront parvenir à vous faire ricaner durant la soirée.

C’est mon amie Guylaine et sa charmante fille qui nous ont partagé ce petit exercice de fin de journée. Lorsque nous soupons ensemble, les enfants s’amusent à décider qui va commencer le tour de table. Tout le monde à hâte, même les adultes. Les enfants avouent leurs mauvais coups de la journée. Ça fait parfois sortir le méchant, mais personne ne se fait gronder! Les petits écoutent les tracas des grands. Tout le monde écoute. C’est la règle numéro 1.

Ça nous oblige à voir le positif même après une journée moche ou compliquée. On récupère nos fous rires pour les partager aux autres.

À la question : Qu’est-ce que l’on a le plus aimé? C’est souvent la même réponse pour tout le monde et c’est le fait de se retrouver tous ensemble à se jaser autour de la table.

Merci Guylaine, Christian et la belle Éliane!

 

 

 

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02 mars 2012

Mme T

Ça s’est passé ce matin…

Dans le coin gauche, il y avait moi. Moi pis ma sainte patience, opposée à quatre colliers entremêlés dans le coin droit. J’en étais au 3e round pour essayer de les démêler lorsque mon garçon a voulu s’en mêler.

-          Je vais t’aider maman!

Fallait voir le visage de mon chum assis devant le ring : « No no no… ce n’est pas une bonne idée Maxence. Faut pas déranger maman quand elle essaie de dompter ses bijoux. »

 D’ordinaire, mes colliers, je les accroche. J’ai un crochet exprès pour. Il m’arrive d’être dissidente et d’en foutre quelques-uns au fond de mon coffre à bijoux, c’est là, dans leur écrin, qu’ils s’amusent à s’entrecroiser durant la nuit comme pour me faire payer d’avoir manqué de considération pour eux.

-          Maxence, ce qu’il me faudrait ce matin c’est grand-maman Thérèse. Elle pourrait me démêler tout ça avec ses petits doigts patients.

C’est Mme T. C’est ma belle-maman. Oubliez toutes les histoires diaboliques à propos des belles mères. Chez nous, y a pas de crêpage de chignon, pas de compétition. Pas de nez fourrés où il ne faut pas. Pas de « moi à ta place » et de « dans mon temps ». Y a qu’ici et maintenant qui compte.

Mme T a un sixième sens. Elle est du genre à te passer le sel à la table avant même que tu l’ais demandé. Elle te dépose une couverture sur le dos dès que tu ressens un micro frisson. Mme T ne quitte jamais le pas de notre porte avant d’avoir dit « Si vous avez besoin… appelez. On est là. » Mme T c’est comme une bulle de ouate. Elle est comme les pubs du lait. « Le lait, une source naturelle de réconfort ».

On me demande souvent comment aider une personne qui souffre de dépression.

Chaque fois, je pense à Mme T. Même que s’il y a un moment où je deviens émotive dans mes conférences c’est lorsque je parle d’elle.

Mme T a toujours vu ma vraie couleur, surtout dans les pires moments. Avec elle, je pouvais vivre ma détresse… en paix.

Quand elle et mon beau-père Bobby venaient nous visiter, je pouvais m’enfermer dans ma chambre et pleurer. Je savais qu’au moins mon chum et mon fils avait de la compagnie. J’avais un répit et eux aussi.

En dépression les semaines sont longues. Les weekends surtout. Du lundi au vendredi, fiston est à la garderie pendant que la douce moitié gagne notre pain quotidien. Samedi et dimanche tout le monde est à la maison. On se met la pression d’au moins faire un minimum. On se sent coupable, on essaie de sauver les apparences. On veut protéger son p’tit bonhomme des intempéries. On ne veut pas décevoir la famille, mais on n’est pas capable de suivre.

En s’occupant de mon chum et de mon fils, Mme T  et Bobby prenaient soin de moi.

Je ne suis pas leur fille, mais c’est tout comme. Si je l’avais été pour vrai, c’aurait peut-être été différent. Ils ne m’ont pas élevée, ni vu grandir. Me voir ainsi dégringoler n’a pas déclenché, en eux, de sentiment de culpabilité. Le sentiment que bien des parents doivent éprouver lorsque leur enfant reçoit un tel diagnostic.  Pour eux, aucune remise en question douloureuse, aucun conflit.

Un Noël, quelques mois après avoir cessé de boire de l’alcool, Bobby et Mme T m’ont remis une enveloppe. Une belle carte… à l’intérieure se trouvait une série de phrases admiratives pour les efforts que je déployais pour retrouver la santé. Des mots encourageants! Que des félicitations pour ma volonté à laisser la bouteille de côté. Ça été LE cadeau de Noël, cette année-là.

Mme T pourrait être ma grand-mère. C’est peut-être cet écart d’âge qui nous rapproche. Je lui ai tellement posé de questions sur sa vie, ses accouchements, sa vie de couple. Elle est up to date. Elle comprend la génération qu’est la mienne.

Elle est généreuse et discrète. C’est une enfant unique qui a été élevée dans un monde d’adulte, si bien qu’elle s’est assise sur les genoux du Père Noël pour la première fois il y a 3 ans. « Ben non, je ne suis pas pour aller m’asseoir sur ces genoux », a-t-elle dit. Il n’a pas fallu lui tirer le bras bien longtemps. Y a pas d’âge pour ces choses-là.

Mme T célèbre son 75e anniversaire ce dimanche. Elle ne le sait pas, mais il y a un gros gâteau avec du glaçage rose qui l’attend. J’oserai peut-être même y piquer quelques princesses. Pourquoi pas? Y aura des balounes, des guirlandes et des chandelles. On réunit toute la famille. Je lui prépare ma lasagne… elle l’adore.

Mme T m’accompagne en Gaspésie au mois de mai pour une série de conférences. On part ensemble toutes les deux. C’est la première fois qu’elle sera séparée de son Bobby aussi longtemps. J’espère que je serai à la hauteur.

 Et si par hasard j’ai quelques colliers qui s’emmêlent…

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13 janvier 2012

Le champ de bataille

Y a une histoire qui fait dodo dans mon ordi. Elle roupille depuis 3 ans déjà!

Elle n’a pas de - FIN -. Je ne crois pas pouvoir la terminer… comme je l’ai commencée. J’avais la tête embourbée, un vrai champ de bataille. C’était avant la grande révolution de 2008. « Cessez le feu! Je me rends. » Tel un soldat, j’écrivais dans un carnet, mes percées face à l’ennemi. Un journal qui allait me rappeler les jours, recluses dans mes tranchées.

J’ouvre le fichier une fois tous les trois mois… comme un pèlerinage. Je relis mon histoire, j’ose changer quelques virgules et… j’ai le vertige.

Je reçois régulièrement des courriels, de gens, qui cherchent à se comprendre. Ils hissent le drapeau blanc, épuisés de livrer bataille. Chaque fois, je me sens désarmée! Je pourrais concocter un livre : «  Les recettes du succès » ou autres formules motivantes et éclairantes, mais c’est impossible. Ce n’est pas moi! Je n’ai rien à vendre. Pas de concept, que le gros bon sens. Je n’ai que mon histoire et ce qu’elle vous inspire.

Pour l’instant, je suis convaincue que c’est suffisant.

En voici un p’tit bout :

 

 

 

La secrétaire tapait sur son clavier d’ordinateur sans se soucier le moindrement du brouhaha qui régnait dans la clinique médicale. Il était pourtant difficile de ne pas être attiré par ce qui se tramait dans le coin droit de la salle d’attente. Au sol, un petit autobus scolaire venait de prendre à son bord deux bonshommes parachutés du haut des airs par un petit garçon de 3 ans. Son frère, lui, dirigeait son camion de pompier vers une mini ferme Fisher Price qu’il venait tout juste d’installer dans le coin gauche de la pièce. Ça urge, ça brûle. Tellement que tout d’un coup, le bambin décide de donner un grand coup et d’y aller avec un effet sonore du genre digital surround, mais avec des haut-parleurs de mauvaise qualité.

 

            -Pin pon pin pon pin pon….. OUIIIIIIINNNNNNNNNOOOOOOOOONNNNN

 

Vous vous imaginez bien que le spectacle n’a duré que quelques secondes. C’est sa mère qui a sonné l’heure de l’entracte. Elle l’a empoigné par le bras et en un temps trois mouvements, l’élément perturbateur a été rassis fesses serrées et babines pendantes sur sa chaise. Le spectacle était terminé et personne n’a osé demander l’heure de la prochaine représentation.

 

Le rappel à l’ordre maternel n’avait nullement impressionné le p’tit homme. Après avoir jeté un rapide coup d’œil à la scène, son attention s’est tout de suite redirigée sur le mini bus. C’est qu’il y a un petit panneau rouge sur le côté qui se plie, déplie, plie, déplie….

 

La salle d’attente était remplie de femmes enceintes. Si l’on se fiait à la grosseur des bedaines, elles devraient toutes se revoir à l’hôpital d’ici une semaine ou deux. Certaines sont accompagnées, mais la plupart sont seules. C’est une clinique spécialisée en obstétrique.

 

Le niveau de décibels n’avait pas diminué. Un poupon de 5 mois avait pris la balle au bond et était en train de s’époumoner. L’alerte incendie déclenché par l’apprenti pompier avait sortie de son sommeil ce beau petit bonhomme. Non, mais c’est dur dur d’être un bébé. Haaaaaaaa, à chacun son stress.

 

Parlant de stress, personne jusqu’à maintenant, n’avait pris la peine de me dire qu’il fallait absolument une montre pour voir un docteur. Les autres, je veux dire, les autres patientes, elles en ont toutes une. Fascinant! Je dirais qu’à peu près toutes les dix minutes, elles retroussent la manche de leur chandail pour vérifier l’heure.

 

Moi je me dis qu’on ne va pas être vus plus rapidement par le médecin même si on passe son temps à scruter la progression des aiguilles du cadran. Y en a d’autres qui soupirent aux 10 minutes, mais la technique n’est pas éprouvée. Remarquez que ça soulage peut-être. Taper du pied ou branler de la patte, ce sont également de très bons exutoires. Au fond, ces manœuvres corporelles ne servent qu’à étaler notre impatience sur la place publique.

 

J’ai l’air bien sage, mais sachez que je me suis moi-même et à plusieurs reprises vautrée dans le stratagème.  Comme si le temps allait passer plus vite.

 

-          Julie Grenon

 

Ha c’est mon médecin qui m’appelle.

 

Qu’est-ce que je vais lui dire? Par où vais-je commencer ? Je suis conne, j’ai pas pris le temps de me préparer. Docteur je me suis effondrée sur les lieux de mon travail? Docteure, j’ai mal au cœur? Ou encore, docteure, je ne sais pas ce que j’ai mais j’ai mal aux bras depuis quelques mois.

 

C’est finalement ça qui est sorti en premier: mal au bras.

 

-          Mal aux bras?

 

-          Je sais ça a l’air bizarre hein… (mets-en) mais je ressens une immense fatigue dans les épaules.

 

-          Mal aux épaules aussi?

 

-          J’ai de la difficulté à dormir, je tremble et je crois que je suis stressée.

 

-          Et ben coudons, on va vérifier ça Madame Grenon.

 

Alors, voici les symptômes que j’avais moi-même dépistés : douleurs musculaires aux bras et aux épaules, nausées nocturnes, difficultés à dormir, difficultés de concentration, maux de cœur en voiture et fatigue extrême.

 

Si on tape tout ça sur Google ça donne : …. rien, rien pantoute.

 

Dans le monde réel, ça veut dire : bilan sanguin complet.

 

Évidemment, mon docteur m’a examinée de la tête aux pieds. J’ai aussi répondu à toutes ses questions qui portaient surtout sur mon mode de vie. Ah et puis au fait, je n’étais pas enceinte.

 

De toute façon, comme je ne suis pas entrée dans son bureau en crise de larmes, elle ne va pas penser que je suis en dépression. Mais bon, quand même, pour ma propre gouverne, je lui demande, à tout hasard : « Est-ce qu’il se peut que je fasse une dépression sans nécessairement avoir envie de pleurer à fendre l’âme ? »

 

-          D’ordinaire, les patients entrent dans le bureau avec le kit dépressif au complet incluant la méga crise de l’arme. Il se peut cependant qu’il en soit autrement avec toi.

 

J’y réfléchis une fraction de seconde. Je n’ai pas nécessairement envie d’être dif-fé-ren-te moi. Alors, comme le cerveau retient ce qu’il veut bien comprendre. J’en conclus que je ne suis surtout pas en dépression.

 

C’est réglé. J’ai une maladie PHYSIQUE, pas MENTALE là.

 

Je reverrai mon médecin dans trois semaines. Entre temps, pas question de retourner au travail. Repos, qu’elle dit.

 

Qu’est ce que j’ai alors? De retour à la maison, je me mets à surfer sur internet. Mes recherches m’amènent sur des sites de maladies neurologiques. Non, mais il en sait en titi des choses Monsieur Google. Selon son expertise, il se pourrait très bien que ce soit la sclérose en plaques ou autres maladies du genre. Non, mais j’invente rien, c’est écrit sur mon écran d’ordi!!!

 

Évidemment, je ne suis pas folle. N’allez pas croire que j’aimerais mieux avoir une maladie grave que d’être en dépression. Quoique…… ce serait moins honteux. Ç’aurait l’air moins faible, psychologiquement parlant, aux yeux des collègues et du patron. J’aurais une raison « sérieuse » d’être absente. Ma fatigue et tous mes symptômes seraient beaucoup mieux justifiés ainsi.

 

Je vous le dis, je me suis fait toutes sortes de scénarios catastrophes pour être bien certaine que ce ne soit pas une dépression ou quoi encore… ah oui… un burn-out.  

 

Juste parce que mon petit doigt me dit que mon raisonnement n’a pas d’allure je garde pour moi, mes diagnostics maisons.

 

***

 

3 semaines plus tard…. après m’être étourdie…. Euh… reposée.

 

J’attrape un virus deux jours avant de revoir mon médecin. Rien de grave, mais on sait tous que des ganglions enflés dans le coup ce n’est pas ce qu’il y a de plus confortable. Vous vous imaginez bien que ma visite médicale visait aussi à me faire soigner les deux balles de golf qui avaient élu domicile dans ma gorge.

 

Nous sommes assises face à face

 

- Comment ça va?

- Ça va pas ben ben mieux.

 

Imaginez-moi avec l’air penaud, les yeux dans l’eau et le nez complètement bouché.

 

- Est-ce que tu as tendance à te faire des scénarios dans ta tête? 

- Scénario???? Qu’est ce que tu veux dire?

 

Elle poursuit : « Par exemple, en t’en venant ici en auto, as-tu pensé qu’il pourrait y avoir un accident ou quelque chose du genre? Que ton chum ait un malaise…»

 

Et là je me suis dit : est ce que je lui dis que je me suis fait du sang de cochon depuis deux jours parce que je m’étais imaginé que pour toutes sortes de raisons, mon médecin ne serait pas au rendez-vous cet après-midi et que si elle n’était pas là … je ne saurais pas ce que j’ai et que si et que ça…. Vous savez, je suis la championne des scénarios catastrophes. Je peux vous en inventer un sur le champ!

 

L’heure n’était toutefois pas aux inventions. Je n’avais surtout pas envie de rester empêtrée dans ma fatigue alors j’ai lâché le morceau. Je lui ai donc avoué que je m’étais mise à imaginer toutes sortes de scénarios l’empêchant de pouvoir me rencontrer cette journée-là.

 

Calme, pondérée et avec une certaine fermeté mon doc me dit : « Tu fais de l’anxiété ».

 

-          Ben là…(elle vient de quelle planète?)  tout le monde fait ça de l’anxiété!!! Ce n’est pas une raison pour arrêter de travailler.

 

Je lui demande ensuite: « Est-ce que c’est un burn-out ?»

 

-          Mouin, on peut dire ça… mais si j’écris burn-out sur tes papiers d’assurance, ils ne vont pas accepter le diagnostic. Je dois écrire « Trouble de l’adaptation et anxiété ».

 

Imaginez mon expression, nez retroussé, sourcils froncés comme si elle venait de me dire un mot scandinave que je ne comprends pas. Quessé ça, trouble de l’adaptation?

 

O.K.. Je me sens comme dans la craque du plancher. Pas assez dépressive pour être en dépression. Pas en burn-out parce que le travail n’est pas uniquement la cause de mon épuisement. Je suis dans le « trouble ». Pas adaptée….pas adaptée à quoi ?….la société?… j’ai échoué?….je n’ai pas été capable de reprendre le boulot comme toutes les autres nouvelles mamans?

 

Elle poursuit 

 

-          Qu'est-ce que ça te fait que je te dise ça? Es-tu d’accord avec le diagnostic?

 

NON……. ben oui… je sais plus.

 

-          Tsé doc…. J’ai vécu plein de choses au cours des dernières années. Si j’avais eu à me « péter » la tête sur les murs à cause du stress, je l’aurais fait bien avant.

-          C’est une accumulation de chose Julie. Ton corps est toujours en mode panique et il n’est plus capable de revenir à la normale.

 

Bon d’accord, ce n’est pas moi le médecin. Docteur Google s’est lui aussi trompé. L’écoeurant!!!

 

Tout d’un coup….. CATASTROPHE. Ah non! Je braille pis j’arrête pas en plus. Une vraie fontaine de Trevi. J’ai pris d’assauts la boîte de kleenex et si j’avais pu, je me serais étendue sur le plancher de la salle d’examen. Non, mais ç’aurait été beaucoup plus confortable pour répandre mon torrent de larmes. Je peux vous certifier que ma réaction était aussi inattendue que mon diagnostic… Sans farces, je me doutais bien qu’un moment donner mon presto allait sauter, que je finirais par brailler toutes les larmes de mon corps. Le hic, c’est que ça n’arrive jamais au bon moment. Les rendez-vous médicaux ne sont pas aussi longs que ceux chez le psy. Tu dois donc faire ça court. Une grosse braille intense puis ressaisis-toi…. RESSAISIS - toi Julie!!!! J’y arrive de peine et misère.

 

Or donc me voici donc « troublée », « inadaptée » et « anxieuse ». Voyons donc. On n’entend jamais parler de ça : trouble de l’adaptation.

 

Pendant que mon médecin sort sa poubelle de sous son bureau pour que je puisse y jeter ma brassée de Kleenex, elle m’explique qu’il y a un médicament pour m’aider.

 

Elle a bien dit MÉDICAMENT. Ils ont le tour de nous la présenter cette fameuse catégorie de médicament. Vous me voyez venir. Dans le langage populaire, on les appelle les antirépresseurs. Vous vous souvenez des Prozacs que Môman prenait dans la P’tite Vie. Oui oui je sais, c’est une comédie. Ils exagèrent la réalité.

 

Elle poursuit

 

-          Ce sont des Effexor. J’ai choisi celui-ci parce qu’il agit plus rapidement sur l’anxiété que d’autres.

 

« Effexor, Effexor » C’est de ce médicament que l’animateur Paul Arcand parle dans son film. Le mois dernier on ne parlait que de ce documentaire dans les médias. Les Québécois consomment semble-t-il énormément de médicaments, surtout des antirépresseurs. Le médicament qui est prescrit à tous ceux qui semblent se pointer chez leur médecin avec le moindre signe d’épuisement.

 

Comme je suis journaliste, je ne peux pas m’empêcher de poser la question, tout en sachant que ma crise de larmes m’avait fait perdre un peu de crédibilité.

 

-          C’est bien de ce médicament dont parle Paul Arcand dans son documentaire?

 

Mon doc lève les yeux au ciel. Je comprends qu’elle questionne les propos tenus dans ce film bien qu’elle m’avoue ne pas l’avoir vu.

 

Selon elle, dans bien des cas, l’Effexor est nécessaire et thérapeutique. J’ai envie de la croire. Ai-je le choix? De toute façon, je me dis qu’elle ne me les fera pas avaler de force.

 

C’est MOI qui déciderai quoi faire avec la prescription !!!

 

 

Voilà… la suite une prochaine fois!

 

Ciao xx

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01 décembre 2011

Les casquettes bleues poudre

Dès que nous avons mis le pied dans l’autobus jaune ce matin-là nous avons tout de suite su que nous n’aurions pas du. Il aurait fallu les laisser dans la garde-robe, les brûler même.

Vous souvenez-vous des casquettes avec des petits boutons pressoir sur la palette? J’en ai vu cette semaine dans les boutiques pour enfants, elles sont de retour. Nous en avions chacun une mon frère et moi.  Elles étaient pareilles… bleues poudre. On les aimait, vraiment.

Nous en étions à nos premières semaines d’école dans notre nouveau patelin : les p’tits nouveaux. On arrivait de la ville. On disait
des balaaaaïïïne au lieu des balènes - des running shoes au lieu des espadrilles ». Nous étions déjà un tout p’tit peu… différents.

On nous avait offert ces magnifiques casquettes que nous nous sommes empressés d’étrenner.

Nous avons pris l’autobus, ce matin-là, coiffés de nos nouveaux couvre-chefs. La grande Tache assise au fond de l’autobus devait nous avoir repérée à des kilomètres. Ok, ce n’était peut-être pas winner notre affaire. Une casquette bleue poudre aurait sans doute passée le test, mais deux? Le p’tit frère et la p’tite sœur ? C’est ce que je me suis dit à l’époque : « On a l’air quétaine ». J’avais 7 ans. La Tache a rallié ses moutons et nous somme devenus la risée des deux ou trois dernières rangées de l’autobus, parce qu’assis derrière… t’es cool.


Nous venions d’être marqués au fer rouge, comme du bétail. Nous allions désormais grimper les marches de l’autobus les fesses serrées.

J’ai survécu à mon primaire. À mon secondaire aussi. J’ai eu des amis, mais pas beaucoup. J’ai goûté à la honte, à la peur de mettre les pieds à l’école, aux camarades qui dépassent les bornes. J’ai connu l’intimidation. Heureusement, j’ai émergé. J’ai connu de belles et bonnes périodes d’amitiés à l’école, j’ai déployé mes ailes au collège.

Heureusement, j’ai trouvé en moi les ressources pour faire face à mes détracteurs.Il en faut du temps.

Vous avez remarqué que je ne parle pas tant de mon enfance dans mon blogue. Une fois ne sera pas coutume.  Ça m’appartient.

Si j’en parle, c’est que cette semaine, je ne voulais pas lire les nouvelles concernant la jeune gaspésienne qui s’est enlevé la vie,
épuisée d’être intimidée à l’école. Son histoire a envahi facebook, difficile de ne pas cliquer.

À quoi ai-je pensé? À cette tranche de vie, oui! Mais…

On parle beaucoup de ceux qui se font intimider. Ceux qui intimident, qui sont-ils ?

Est-ce que mon fils pourrait un jour devenir bourreau sans que je ne le sache? Pourrait-il être la proie sans que je ne m’en aperçoive? Sera-t-il spectateur ou justicier? Osera-t-il se pointer à l’école vêtu de ce qu’il lui plaira sans gêne et sans être jugé?

Arriverais-je à lui donner tous les outils pour faire de lui un bon citoyen?

Et vous, y avez-vous pensé?

Posté par grenonj à 14:22 - Commentaires [3] - Rétroliens [0]


24 novembre 2011

Pièces à conviction

Si on m’avait dit qu’un jour j’allais y remettre les pieds. Pas pour une visite de courtoisie, mais pour y travailler, à nouveau. Je croyais avoir fait le tour du jardin. Mais non, il me restait encore quelques plates-bandes à entretenir. Une fois la mauvaise herbe enlevée, on voit souvent
plus clair.

Si on m’avait dit, il y a 10 ans, que je travaillerais dans l’ombre, sans micro, sans maquillage et sans caméra. Ouf! Jamais!!! Comment communiquer autrement? « Quand j’aurai 40 ans! », que je me disais.


Il aura fallu toute une décennie avant que j’envisage de déposer les armes. J’ai quitté sans fracas, par choix. J’y reviens en douceur, par choix.


À 20 ans, je rêvais d’y travailler, à 23, j’y ai fait mon entrée, un pari de gagné. J’ai tellement tripé!


Cette semaine, j’ai fait le tour de mes archives. J’ai fouillé dans les vieilles cassettes, des vieux topos de 2002 à 2010.

Qu’est ce que t’as vu Julie? Une Julie fringante, allumée et punchée, juste avant de voir apparaître sur pellicule une Julie essoufflée. J’ai entendu mon débit ralentir, mes yeux perdant peu à peu de leur brillance.  

Qu’est ce que ça t’as fait Julie? Non mais je savais déjà que ça roulait carré à la fin. Je m’étais déjà autoévaluée. J’ai un sens critique vous savez!

Oui, mais Julie, qu’est-ce que ça t’as fait? Ben… y a comme une p’tite boule qui a remonté.

Mes archives sont des pièces à conviction! Ma dépression est archivée. J’insère une cassette dans le lecteur et mes souvenirs se réinsèrent dans ma tête. Je me re-sens, comme je me sentais. Du désarroi.


Je me suis préparée, un p’tit montage, de moi, journaliste à TVA. Une preuve que j’ai bel et bien fait ce métier. Une petite vidéo que je présenterai durant mes conférences. Y a que moi qui vois l’ombre s’installer au
fil des années. Les autres y verront une journaliste accomplie.

J’ai compris pourquoi mes proches ont tant aimé la photo que j’ai prise pour présenter mes conférences. Y a comme un gros spot dans mes yeux. Le regard clair, libre.

julie grenon, conférencière


Depuis quelques semaines, quand j’entre à la station TVA à Trois-Rivières, je me sens bien. Je m’occupe maintenant du web. Surprise! J’adore ça.

Un collègue, m’a aidé à préparer mon montage, ça m’a touchée, vraiment. Merci, merci, merci! « C’est TVA qui fait ça pour toi,
Julie! » Moi je dis que c’est toi et les autres collègues qui incarnez toute l’ouverture et la compréhension qui fait défaut à trop de milieux de travail. 

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27 octobre 2011

Tu m’intéresses !

« Tu m’intéresses » C’est ce que j’ai dit à mon chum! Nous en étions à quelques jours de fréquentation « sérieuses ».  Vous savez les formules atténuées, celles que l’on souffle à l’oreille avant de s’avouer ou de se commettre. Tous les « je suis bien avec toi » qui sortent de notre bouche avant d’oser dire…vous savez bien… le fameux…« Je t’aime ».

Moi, comme formule d’avant match j’avais choisi « ouin…tu m’intéresses ». On trouvait ça comique. Déjà la complicité! Puis, c’est
lui qui a dépoussiéré le premier « Je t’aime ». Mon cœur a fait un triple boucle piquée suivi d’un salto arrière avant que je lui réponde… Allez!!! Tous en chœur !!! « Moooiiii ausssiiiiii »

Quétaine hein!!! Mais, y a pas 36 façons de faire. C’est d’même que ça se passe.

Pour la suite… Y a pas de manuel d’instruction.

Il y a 7 ans, j’ai choisi un modèle 1972. Déjà assemblé. Un grand costaud, yeux verts, cheveux bouclés, l’air un peu intello. Non, mais vous aussi vous regardez la carrosserie avant d’acheter!!!

Pas d’enfant sur la banquette arrière, pas de femmes dans le placard ou sur des documents officiels. Propre de sa personne… il était déjà passé chez la psy. Il en avait connu d’autres… des filles. Il était prêt à être livré chez moi. J’ai payé comptant.

Non mais je blague, mais c’est lui qui m’avait d’abord choisi. Il m’avait fait la cour. Il avait déjà choisi son modèle. C’était MOI l’élue de son cœur.

Durant les deux premières années, on a réussi à construire un château assez fort et solide pour résister aux intempéries. Un chef-d’œuvre d’ingénierie.

Au cours des 4 années qui ont suivi, je lui ai souvent proposé de retourner la marchandise. « C’est pas ça que tu avais acheté au
début mon amour. » Faut croire qu’il avait confiance de pouvoir me remettre sur la route.


Depuis un an, ça roule. On n’emprunte pas l’autoroute, mais plutôt la 138. Le paysage est beau et on prend notre temps.


C’est son anniversaire aujourd’hui,  39 ans et de très belles dents. Je vous l’ai dit j’ai eu le modèle 1972 full equiped… de collection. J’ai pas l’intention de m’en départir, il prend de la valeur avec l’âge.  

C’est pas négociable ni échangeable.

Voyez… c’est parce qu’il est plus qu’intéressant.

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18 octobre 2011

Le puits

puitUn vieux puits, typique avec un petit toit en pignon, on imagine le seau qui pendouillait après une corde prête à descendre au fond du gouffre pour y puiser de l’eau fraîche. La manivelle n’y est plus et le trou
est condamné. Y a qu’une petite fente sur le couvercle scellé. Comme une tirelire dans laquelle on engouffre nos économies, un endroit où puiser des rêves.

Mon garçon et son amie s’y sont précipités, attirés comme un aimant. Curieux ils auraient voulu sonder la profondeur. « Un sou maman, on veut un sou! » Mon fils profite de chaque fontaine pour rêver et
souhaiter! Dos à la bassine, on lance en sous dans l’espoir… de voir son rêve devenir réalité.

Sachant très bien qu’il ne faut jamais révéler l’objet de nos désirs, à chaque fois, il ne peut s’empêcher de me tirer l’épaule pour me souffler son souhait à l’oreille.

Sa petite coquine d’amie, toute excitée n’avait pas encore lancé son penny qu’elle révélait les yeux brillants plongés dans le ciel qu’elle voulait partir… à l’AVENTURE!!!

« Chut chut, faut pas le dire. »

Qu’est-ce que l’aventure dans la tête d’une puce de 4 ans? J’aurais aimé m’immiscer dans son cœur et dans sa tête pour y voir des champs de fleurs ou une forêt enchantée, peut-être y aurais-je aperçu des lutins, des fées… des guimauves géantes? J’aimais l’idée. Je lui aurais fourni lampe de poche, boussole,
poudre magique et autres babioles. Des outils utiles à son expédition.

Normalement, faut pas le dire… Le souhait… il faut le garder pour soi. Suivez-vous toujours les règlements?

Ce qu’elle ignore encore, et c’est tant mieux, c’est que son aventure est déjà commencée. Vous devriez lui voir la bette : une face en surprise, des yeux curieux, expressifs qui s’illuminent en un claquement de doigts. La puce… elle est déjà douée pour le bonheur.



Que le puits leur donne un prétexte pour rêver et s’imaginer une vie digne des contes de Walt Disney, j’achète, peu importe les règlements.

C’est vrai qu’il devait être très profond ce puits, je n’y ai rien jeté moi. Pas besoin de savoir combien de temps il faudra à mon sou pour atteindre le fond, j’ai déjà vu.

Je songe à suivre un cours accéléré de soudure, juste ce qu’il faut pour apprendre à sceller définitivement le couvercle du puits. J’irais ensuite, avec mes deux moussaillons, plonger leur regard encore tout neuf dans n’importe quelle fontaine. Celles remplies de poissons en encore une où trône une statut , ou mieux encore, un jardin d’eau.


Ma seule consigne serait d’y voir un fond éclairé et lumineux.

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19 septembre 2011

Un poil de trop

Les limites. Les connaissez-vous vos limites? Non mais c’est vrai « y a toujours ben des limites » C’est bien ça que l’on dit quand on est exaspérés d’une situation. Moi, je ne le suis pas… exaspérée je veux dire.

Je connais pourtant mes limites. Y a tellement de bornes dans ma vie que je pourrais moi-même me donner un ticket quand j’enfreins MON code de conduite. Je m’étais donné comme objectif de les dépasser… un peu….d’un poil…d’une micro seconde. Non mais c’est vrai!!! La vie doit reprendre son cours normal. On est en septembre, c’est la rentrée, la piscine est fermée, fiston commence la maternelle… c’est l’heure de mettre du bois dans l’feu.

J’ai des projets, de beaux objectifs en avant de moi. Y a d’abord mes conférences. Wow, le train est en gare. Il est « full de charbon ». J’ai des dates et des destinations.

J’entretiens la page facebook de TVA Trois-Rivières. J’adore! Ça me permet de rester connectée! D’assouvir ma curiosité. Je suis comme ça moi! J’aime tout savoir… en premier. Quel privilège! Je remplis la page de Nouvelles EXPRESS pour l’ÉCHO de
Trois-Rivières, toutes les semaines. J’écris aussi à peu près deux articles par mois dans le MAG2000.

Vous savez comme moi qu’avoir sa propre petite affaire, ça demande du temps. On veut que ça marche. Il y a de la paperasse à faire, trouver des clients, développer, promouvoir…

Ouf!!!

Je n’avais pas vu tout ça dans son ensemble. J’étais prête à en prendre plus

Oups… j’étais en train de l’échapper… un poil de trop… trop…trop…

Que passa Julie avec toi? « Un ti-peu de tristesse suivie d’un ti-peu trop d’idées dans la même heure. Entre mêlées d’hésitations et de pas de suite dans les idées. » Minidérapage.

Savez-vous quoi? J’ai tout simplement reculé… d’un poil. J’ai mis mon moteur 4 cylindres au lieu d’un 8 cylindres. Je vais faire tout ça…mais pas plus… pour tout de suite.

Parce que …Y a toujours ben des limites…  

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11 juillet 2011

Parfum d’alcool

Une bonne bière fraîche, un verre de rosé, un drink concocté sur le comptoir de la cuisine puis dégusté dans la balancelle… au soleil, entre amis. Le verre de rouge dans une coupe de plastique sur la table de camping. Le « juste une petit larme » d’Amaretto versé dans un café de fin de soirée.

3 ans! Le 15 septembre prochain, j’en serai à 3 ans de sobriété. « Champagne pour tout le monde! » C’est bien comme ça que l’on souligne les grands événements! Moi, désormais, les bulles, je les bois cul-sec, à grands crus de Perrier, de Saint-Justin et autres bouteilles vendues à la caisse chez Costco.

Je n’ai pas trébuché. Je mesure les bienfaits de ma grande volonté mais cet été, c’est dur.

C’est dur parce que je vais bien. La vie reprend son cours normal et ma santé aussi. Pourquoi me priver? Pourquoi ne pas profiter de ces petits plaisirs… comme tout le monde? Vous savez, il faut bien répondre « Non merci! » quand on nous offre une bière ou un verre de vin. « Certaine que t’en veux pas? » Ce n’est pas tout le monde qui sait…

Me voilà devant LE piège. Le plus sournois. Combien de bipolaire cessent de prendre leur lithium quand tout se met à aller comme sur des roulettes? Combien croient que les ennuis sont derrière eux? Qu’ils redeviennent enfin normaux, comme tout le monde?

Il ne m’est jamais venu l’idée de cesser  ma médication. La logique doit aussi s’appliquer à l’alcool. Mon désir de reprendre une vie moins contraignante m’attendrait dans le détour comme un vrai guet-apens.

Alors que faire? Prendre des parts dans la compagnie Perrier?

Ben non!!! Je sais qu’il faut toujours prendre ce foutu recul. J’enrage mais faut être grande et se garder une bonne tête. « Good girl! » La recette ne change pas… n’empêche que j’haïrais pas ça me lâcher lousse… bambocher un peu sur le bord du feu.

La mauvaise fille me fait de l’œil.  Rien qu’une petite tournée! Une petite virée! Un bref retour en mode « détestable ». Please!!!

Vous savez bien que si j’écris ceci c’est que j’ai pris mon tabarouette de recul. J’ai repensé à mon premier Noël sec. J’ai revu toute ma famille assise à ma table, trinquant avec un verre… d’eau. Personne n’avait ouvert de bouteilles de vin. Un appui monumental venant d’une famille où trinquer fait partie de toutes les fêtes.  

Je peux aussi vous parler de celui qui un jour m’a fait vraiment plaisir : mon compatriote de « brosse » familial. C’est mon frère Yann. Il n’est pas alcoolo mais il aime le bon vin.

Un soir, quand je suis arrivée chez lui, il m’avait acheté un « six pack » de bière 0,5% avec du Clamato  ( j’aime bien boire ça). Une attention indiscutablement touchante. Entre ça et une bouteille de vin, je choisis « ça ». Parce qu’il y avait beaucoup d’amour dans ma bière-Clamato ce soir-là.

Comment faire pour m’aider à ne pas rechuter ? Donnez-moi à boire. 

Posté par grenonj à 19:38 - Commentaires [3] - Rétroliens [0]