À chacun ses démons! La plupart des miens sont sortis du placard. Ils se sont inclinés. Les autres se tiraillent encore une place au creux de mes méninges.

Mais, l’un d’eux est tranquillement en train de se faire mettre au tapis. L’envahisseur numéro 1 mord la poussière.

Après avoir absorbé un diagnostic de trouble de l’humeur, j’ai du faire face à cet adversaire de taille. L’un des plus costauds. Le plus inavouable des vices pour une presque trentenaire.

Je parle avec plus de facilité de mon trouble bipolaire que de mon défunt alcoolisme.

Je ne camouflais pas dans mon bureau de quoi me faire des « café joyeux » tôt le matin. Non! Mon démon était beaucoup plus subtile, plus raffiné. Un caméléon qui se fond dans le quotidien. Il me titillait les papilles le soir venu. Il s’invitait au souper et s’incrustait en soirée. Un démon qui calmait ses semblables.

Je vous entends dire : « Moi aussi, moi aussi »! Il est délectable ce verre de vin dégusté après une journée chargée. Savourez-le! Vous l’avez mérité.

La coupe vicieuse est celle que l’on ne peut plus refuser. C’est la bouteille de vin dissimulée dans le coffre arrière de la voiture. C’est le prétexte caché pour lequel on sort faire une course. LE but ultime de votre journée.

Que la gueule de bois aille au diable! Même les nuits de sommeil agitées et les réveils pâteux ne sauront vous faire changer d’avis. Vous êtes grise.

Vos soirées vous filent sous le nez, votre vie se paralyse de 18h à 21h00.

Les autres ignorent votre penchant pour l’alcool ou ils ferment les yeux. De toute façon, qui saurait pister ce genre de problèmes chez une jeune professionnelle.

J’ai cessé de boire le 15 septembre 2008. J’étais diagnostiquée bipolaire depuis quelques mois. Je m’apprêtais à reprendre le travail. J’ai réalisé que je sabotais tous mes efforts pour me rétablir.

Je buvais beaucoup plus. J’en perdais des bouts. Je m’apprêtais à laisser un lourd héritage à mon fils.

On m’a expliqué que ma consommation d’alcool était en fait de l’auto-médication. Une sorte d’anti-douleur. Un genre de Robaxacet de l’âme. J’ai aussi compris que je n’étais pas la seule à utiliser cet élixir pour soigner des maux inconscients.

J’ai choisi de laisser une chance à la médecine et à ma volonté. Avec l’aide de mes régulateurs de l’humeur j’ai trouvé une tranquillité d’esprit. Étrange! Je ne connaissais pas la paix.

La volonté? Ça fait toute la différence.

Parlez-en à toutes personnes ayant fait vœux de sobriété! La période des fêtes est souvent plus fragile. Les partys de bureau, les fêtes de famille, les soirées entre amis bien arrosées. J’aurai l’occasion, sans doute, de vous en reparler.

Avouer ceci est pour moi le dernier des tabous. J’ai longtemps été très gênée d’avouer cette faiblesse. Récemment, on soupait tout bonnement en famille, et j’ai réalisé que mon fils ne verrait probablement jamais sa mère, la bouche molle, tenant un verre de vin dans ses mains.

Soudainement, je n’étais plus gênée mais… fière.