En voulez-vous un deuxième? N’est-ce pas la première question que l’on nous pose quelques semaines à peine après avoir accouché?

J’allais en avoir deux ou trois! C’était dans nos plans. Je voulais offrir à mon fils la complicité… d’un frère ou d’une sœur. Si c’était une fille, elle allait s’appeler, Charlie. On l’aurait fabriqué deux ou trois ans après le premier. J’ai gardé berceau, poussette et autres jouets durant quatre ans avant de finalement les laisser aux mains d’une vente de garage. J’avais une garde-robe désordonnée et remplie : doudous, coussins d’allaitement, barrière de sécurité, siège de bébé…  J’avais tout laissé là… au cas où.

L’automne dernier, on a mis le dernier clou dans le cercueil. Mon chum s’est fait vasectomiser. C’était définitif.

J’ai reçu mon diagnostic de trouble bipolaire de type 2, un an et demi après avoir accouché de mon garçon. Après mon congé de maternité, je suis retournée travailler et j’ai sombré quelques mois seulement après mon retour : dépression. C’est là qu’on a mis au jour mon trouble bipolaire.

Ma grossesse a-t-elle été un élément déclencheur? Peut-être.  Je crois que je n’avais jamais été aussi anxieuse de ma vie.

Je n’ai jamais encore abordé, ici, le sujet de la sexualité, de la maternité, de ce qui touche cet aspect un peu plus intime de la maladie.  Je le fais pour alimenter le débat en cours sur le site Blogue-Notes du CÉRRIS et parce que ce n’est pas supposé être un tabou.

Il nous a fallu du temps pour mettre une croix sur ce deuxième enfant. Médicalement, on m’a ouvert grandes les portes des possibilités. Mon médecin, proactive et prévoyante, m’a orientée vers une médication qui l’aurait permis. Je connaissais les enjeux médicaux et je savais que j’allais être bien suivie.

J’avais envie de revivre la maternité, mais dans un climat plus calme, où j’aurais eu plus d’assurance. Quand mon garçon est né, j’étais si anxieuse que j’en avais perdu la faculté de dormir. Je n’étais plus toujours moi-même.

Deux ans plus tard, mon état s’était relativement stabilisé. On a essayé durant quelques mois d’en avoir un autre. Je me suis aperçue, au fil des mois, que je n’étais pas prête. On a cessé d’essayer. On a réfléchi… autrement.

Mon équilibre, je l’avais difficilement trouvé, et rien n’est jamais acquis. J’avais connu des rechutes, mais j’arrivais à vivre de belles périodes de stabilité. Nous avons réalisé que le couple et la famille avaient ses limites. Une grossesse risquait de perturber ma médication, sans compter le fait que j’allais devoir la diminuer. J’allais peut-être rechuter – un risque que nous ne voulions pas prendre.  Nous avions un fils extraordinaire et je sais que, malgré les hauts et les bas de ma maladie, j’ai bien profité de chaque étape de son développement. Nous avons, comme dirait mon chum, une belle bulle. Nous avons du plaisir à vivre ensemble tous les trois. C’est précieux.

Pour ce qui est de la sexualité, parce que ça aussi ça perturbe un couple. C’est le néant en période trouble. La médication a bien quelque chose à y voir, mais c’est surtout l’état d’esprit qui n’y est pas.

Le désir est revenu, mais durant le processus, les moyens de contraception ont été éliminés les uns après les autres pour des raisons de santé. Plus de pilule, stérilet et autres bidules. Ne restait plus que la bonne vieille capote et vous savez comme moi que….

Il ne restait que le bistouri! Une solution définitive qui allait sceller notre décision. Nous avons choisi la santé sexuelle heu… mentale de notre couple.

Mon fils a eu six ans cette semaine. Il est grand et costaud, comme son père. Il m’arrive encore de devoir me résoudre à l’idée qu’il n’y en aura qu’un. Que je n’aurai pas le privilège d’en voir grandir un autre.

Mais vous savez, il vient encore se bercer avec moi sur cette même berceuse où j’ai passé tellement d’heures à l’allaiter. Je le prends et lui rassemble ses grandes jambes et ses grands bras dans un petit paquet et il est encore mon petit garçon.