Dès que nous avons mis le pied dans l’autobus jaune ce matin-là nous avons tout de suite su que nous n’aurions pas du. Il aurait fallu les laisser dans la garde-robe, les brûler même.

Vous souvenez-vous des casquettes avec des petits boutons pressoir sur la palette? J’en ai vu cette semaine dans les boutiques pour enfants, elles sont de retour. Nous en avions chacun une mon frère et moi.  Elles étaient pareilles… bleues poudre. On les aimait, vraiment.

Nous en étions à nos premières semaines d’école dans notre nouveau patelin : les p’tits nouveaux. On arrivait de la ville. On disait
des balaaaaïïïne au lieu des balènes - des running shoes au lieu des espadrilles ». Nous étions déjà un tout p’tit peu… différents.

On nous avait offert ces magnifiques casquettes que nous nous sommes empressés d’étrenner.

Nous avons pris l’autobus, ce matin-là, coiffés de nos nouveaux couvre-chefs. La grande Tache assise au fond de l’autobus devait nous avoir repérée à des kilomètres. Ok, ce n’était peut-être pas winner notre affaire. Une casquette bleue poudre aurait sans doute passée le test, mais deux? Le p’tit frère et la p’tite sœur ? C’est ce que je me suis dit à l’époque : « On a l’air quétaine ». J’avais 7 ans. La Tache a rallié ses moutons et nous somme devenus la risée des deux ou trois dernières rangées de l’autobus, parce qu’assis derrière… t’es cool.


Nous venions d’être marqués au fer rouge, comme du bétail. Nous allions désormais grimper les marches de l’autobus les fesses serrées.

J’ai survécu à mon primaire. À mon secondaire aussi. J’ai eu des amis, mais pas beaucoup. J’ai goûté à la honte, à la peur de mettre les pieds à l’école, aux camarades qui dépassent les bornes. J’ai connu l’intimidation. Heureusement, j’ai émergé. J’ai connu de belles et bonnes périodes d’amitiés à l’école, j’ai déployé mes ailes au collège.

Heureusement, j’ai trouvé en moi les ressources pour faire face à mes détracteurs.Il en faut du temps.

Vous avez remarqué que je ne parle pas tant de mon enfance dans mon blogue. Une fois ne sera pas coutume.  Ça m’appartient.

Si j’en parle, c’est que cette semaine, je ne voulais pas lire les nouvelles concernant la jeune gaspésienne qui s’est enlevé la vie,
épuisée d’être intimidée à l’école. Son histoire a envahi facebook, difficile de ne pas cliquer.

À quoi ai-je pensé? À cette tranche de vie, oui! Mais…

On parle beaucoup de ceux qui se font intimider. Ceux qui intimident, qui sont-ils ?

Est-ce que mon fils pourrait un jour devenir bourreau sans que je ne le sache? Pourrait-il être la proie sans que je ne m’en aperçoive? Sera-t-il spectateur ou justicier? Osera-t-il se pointer à l’école vêtu de ce qu’il lui plaira sans gêne et sans être jugé?

Arriverais-je à lui donner tous les outils pour faire de lui un bon citoyen?

Et vous, y avez-vous pensé?